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ANEC 2022: le flop entrepreneurial.

Les Assises Nationales de l'Entrepreneuriat au Congo #ANEC2022 se sont déroulées au Radisson blu brazzaville du 16 au 17mars 2022 avec le ministère des petites et moyennes entreprises, de l'artisanat et du secteur informel (MPMEASI) avec pour thème l'entrepreneuriat féminin. L'entrepreneuriat féminin, le dernier né de la fratrie entrepreneuriale.


Un terme à la mode qui concilie le caractère économique résilient des femmes congolaises et le discours mondialiste ambient sur les droits des femmes dans le monde. Nombreuses sont les femmes qui entreprennent au Congo. On les retrouve principalement dans les activités génératrices de revenues. Ces mêmes activités qui composent la quasi-totalité du secteur informel au Congo. Le terme « entrepreneuriat féminin » semble être, de manière très simpliste, une référence au genre. Cependant ce terme fait-il aussi écho a une forme de distinction voire de discrimination en faveur des femmes. Y-a-t-il par opposition un entrepreneuriat masculin ? Ou bien l’entrepreneuriat féminin possède des éléments radicalement différent du bon vieux "Entrepreneuriat " qui consiste à : 1-Avoir une idée 💡 2-Tester son idée 💡 3- Ouvrir son entreprise 4-Lever des fonds 5-Recruter.....etc

La question est pertinente tant le thème principal de ces assises porte sur les femmes. Outre ce détail linguistique, l’ANEC 2022 était centrée sur l’entrepreneuriat et le gouvernement nous a concocté un évènement jumelé d’une exposition d’artisan le tout sous le haut patronage du Premier Ministre.

Pour tout entrepreneur congolais avertis, ce genre de conférence est politique tant sur le fond que sur la forme.

Le fond: pour rappeler que le gouvernement travaille dur et la forme: parce que le mois de mars c'est le mois de la femme.

Les conférences sur l’entrepreneuriat sont légion au Congo. Du petit comité aux conférences d’envergure gouvernementale. Ils s’appellent after-work, déjeuner d’affaires ou encore Business Meet-up.

Les assisses ont pour avantage d’être organisé par le gouvernement et donc d’engager publiquement la parole du politique.


Les assisses ont également permis d’échanger brièvement avec les politiques sur non pas l’entrepreneuriat mais plutôt leurs travail.

Un travail qui s’appuie sur la vision du chef de l’état et de l’accompagnement du Premier Ministre.


Pour cette 3e édition les questions sur la pertinence de ces assisses ne manquent pas.

  • Quelles étaient les attentes de ce rendez-vous ?

  • Quels mécanismes seront mis en place après l’évènement ?

  • Pourquoi l'entrepreneuriat féminin?

  • Qu’avons-nous retenu des dernières assisses nationales sur le sujet ?

  • Quels sont les résultats identifiés à la suite des deux premières éditions ?

  • Cet évènement était-il indispensable ou était-ce un flop ?

Evidemment les réponses à ces questions restent vides car depuis la 1ier édition, l’entrepreneuriat ne fait que tourner en rond au Congo.

Le programme de cette 3e édition brille par un manque de précision et de pertinence sur les sujets et surtout sur les solutions qui intéressent les entrepreneurs.


Les entrepreneurs ont besoin de solution. Comme on dit en anglais " They need it yesterday!"

Après tout, à qui était destiné ces assises ? Les entrepreneurs ont encore une fois été conviés pour être relégués au second plan pour écouter des politiciens qui pour la plupart n’ont qu’aucune idée du combat qui y est d’entreprendre au Congo.

Entreprendre est, au-delà de vague souvenir d’enfance pendant lequel on vendait des gâteaux à ces camarades de classes, une culture de vie, de combat d'échec et de réussite.

Entreprendre au Congo ressemble à l’ascension de l’Everest sans guide et sans carte.

Le constat est le même que l’on soit homme ou femme. Nous maintenons que le thème d’entrepreneuriat féminin est un non-sens et montre à suffisance que les priorités du ministère sont au mauvais endroit.



Bref, l’ANEC2022 est assurément un énième exercice de communication en remettant sur le tapis des thèmes abstrait et insaisissables par le ministère en charge des entreprises.

Les problématiques sont connues et largement commentées par les entrepreneurs congolais eux-mêmes.

  • Les contrôles intempestifs des administration publics.

  • La corruption et les abus de pouvoirs des agents publics.

  • Le système fiscal décourageant et excessif.

  • Le manque d’impulsion et d’investissement de l’Etat dans certaines filières pour faire travailler le tissu économique local.

  • L’amélioration de tous les axes du classement Doing Business .

  • Les services publics défaillants et les services bancaires archaïques où les paiements par cartes ne sont toujours pas normalisés.

  • L’absence de formation adéquate pour les entrepreneurs.

  • Les initiatives fiables et concrètes pour structurer les entreprises du Congo.

  • L’inflexibilité des banques à financer les entreprises qui ne présentent pas de business plan et de bilan comptable d’au moins 3 ans.

  • La résolution de conflit commerciaux compte de la déliquescence de l’état de droit au Congo.

Quelles sont les réponses concrètes à ces problématiques ?

L’ANEC 2022 est en réalité un tour de passe-passe qui renvoie indirectement la balle aux entrepreneurs pour leurs dire « nous travaillons pour vous, mais à notre rythme et selon nos priorités. »

  1. Aucune mention du cas du gérant de grillardin, qui s’est donné la mort à cause des pressions administratives.

  2. Aucune mention du cas Dangote Cement Congo qui avait cessé ses activités à cause, entre autres, d’un système administratif malveillant. Les exemples sont multiples.

  3. Aucun appel aux entreprises initialement installées au Congo à revenir et bien sur aucune mention concernant toutes ces entreprises qui sont spoliées par les services de l’état qui procède, à travers des agents véreux, au racket des entreprises.




L’ANEC 2022 était un exercice de communication. Les cadres du ministère ont chacun leurs tours listé toutes les initiatives portées par le ministère et le gouvernement pour montrer qu’il travaille d’arrache-pied en faveur des entrepreneurs.

Le public congolais, non-avertis, s’est retrouvé face à une sorte de banquet d’informations couplé d’annonces alléchantes.

Prenez l’exemple de la caravane entrepreneuriale. Un projet en soit intéressant à première vue. Il s’agit d’une tournée organisée par le ministère des pme pour partir à la rencontre des entrepreneurs en dehors des centres urbains.

Cependant, quand on écoute la ministre s’exprimer sur le sujet, elle peine à convaincre et montrer l’intérêt stratégique de ce projet.

Aucun détail précis sur le projet et pourtant il est prévu d’être lancé courant mars 2022.

Le Fond d’Impulsion, de Garantie et d’Accompagnement (FIGA) n’est toujours pas claire sur l’accompagnement qu’il souhaite proposer aux entrepreneurs et sur les résultats de leurs actions depuis leur lancement en janvier 2021.

Des intentions et des pistes de travail et ensuite c’est le néant. Aucun support pour donner du corps à ces discours aux allures de banquet festif.



Une annonce concernant les exonérations de taxes n’est pas passé inaperçu et pourtant le ministre en charge du budget n’a pu expliquer pourquoi ses agents font preuves d’un abus d’autorité.

Question simple : « Si la patente est exonérée la première mais que je l’ai quand même payé, serais-je exonéré l’année d’après ? »


Comment peut-on accepter que le personnel en charge d’analyser, vérifier, faire appliquer et proposer les règles concernant la bonne relation entre l’Etat congolais et les entreprises ne soient pas au travail quant à la vulgarisation pleine et entière des textes encadrant cette relation ?

Pourquoi faut-il toujours essuyer les réponses « allez-y au ministère ou à la direction générale ! »


[Les recommandations]


Quelles sont les recommandations des assises de l’entrepreneuriat ?

  1. Digitaliser les services de création d’entreprises. Une vielle chanson que nous attendons toujours.

  2. Mettre en place des méthodes financements innovantes et alternatives. Toujours en attente.

  3. Rendre accessible l’écosystème des TPE et PME ? une recommandation qui n’a ni queue ni tête

  4. La formalisation des acteurs du secteur informel pour basculer sur le secteur. N’est-ce pas un des intitulés de ce ministère et par conséquent une de ces missions ?

  5. Vulgariser le code des impôts et la loi de finance.

Sans nul doute, les assises ont permis de mettre en lumière le manque d’intérêt aux questions brulantes des entrepreneurs, d’une véritable réponse gouvernementale après les mesures d’austérité prise pendant la pandémie. Ces mesures qui nous le rappelons ont pénalisé beaucoup d’entreprise.

On se rappellera la fermeture forcée de certains lieux de divertissement, l’accès restreint aux marchés domaniaux ainsi que les restrictions sur les activités regroupant plus de la foule ( concerts, mariages, enterrement, conférences, etc…)

Au-delà des assises, qui à mon sens devrait durer une semaine voire 10 jours, l’attractivité du Congo et la compétitivité des entreprises sont en jeu.

Nombreuses sont les entreprises qui ont décidé d’abandonner le Congo. Pointe-Noire en a fait les frais depuis 2016.

Promouvoir les investissements aurait dû être un des thèmes centraux de cette conférence pour renouer avec la croissance et la création d’emplois.

Investir dans les zones enclavées en dehors des principales villes du Congo.

On ne peut pas sérieusement penser qu’une journée suffise à proposer des solutions concrètes et immédiate pour les entrepreneurs quant on sait que les problématiques liées aux entrepreneurs, à l’écosystème et à la compétitivité des entreprises doivent faire l’objet de beaucoup plus de synergie avec les parties prenantes concernées.

L’appel aux « partenaires internationaux » est souvent la seule solution présentée, quand pourtant,

· L’organisation de nos services.

· L’expérience utilisateur.

· La répression des abus des agents de l’Etat.

· La vulgarisation des processus administratifs

Tous ces éléments ne dépendent que de notre volonté à agir. Il serait recommandable de lancer ces chantiers au plus vite et ainsi se projeter au-delà du quinquennat.

Une entreprise à une espérance de vie de 99 ans. Elle vit dans un environnement qui change constamment. Attendre la fin d’un quinquennat n’est pas une solution. Il faut agir sur ce que nous pouvons contrôler d’abord et ensuite partir à la conquête du reste.


Pour le blog de mokondzi

Kevin Noumazalayi

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